« Madame la Maire.
Mes chers collègues, cette communication aurait dû être l’occasion de redonner à mi-mandat une vision pour le commerce parisien. Au lieu de cela, comme l’a rappelé mon collègue Jean-Baptiste de FROMENT, vous égrainez des dispositifs préexistants qui relèvent plus d’une certaine autosatisfaction, que d’une réelle volonté d’action. Je ne reviendrai pas sur le rendez-vous historique raté par votre majorité sur l’ouverture des commerces parisiens le dimanche.
Si nous devons relever quelques points d’accord dans cette communication, je parlerai naturellement de la mission confiée à la SEMAEST de réaliser le Contrat de revitalisation artisanale et commerciale parisien. Oui, nous devons travailler pour une plus grande diversité commerciale dans les quartiers les plus vulnérables.
Nous partageons également votre souhait de placer l’innovation comme un levier au service de la nouvelle économie de proximité, notamment par la mise en œuvre d’une stratégie numérique engageant notamment le développement du commerce par l’écosystème des « start-up » ; c’est tout à fait nécessaire.
Passons maintenant aux désaccords et au premier rang desquels, la création d’un groupement d’intérêt économique, ayant pour but de regrouper les bailleurs sociaux au sein d’une entité unique. Nous y voyons là votre volonté de sur-administrer la gestion des locaux commerciaux. Vous créez donc une structure de plus. Nous déplorons d’ailleurs l’absence de consultation, aussi bien au stade de la constitution de ce G.I.E. que dans son fonctionnement annoncé, qui laissera peu de place aux mairies d’arrondissement.
Sans attendre cette laborieuse constitution, nous avons pris les devants, notamment à la mairie du 17e, pour coordonner l’offre de baux commerciaux disponibles, une initiative qui ne coûtera pas un euro aux contribuables.

Contrôler sans contre-pouvoirs effectifs l’attribution de locaux commerciaux relevant des bailleurs constitue l’autre versant de votre politique d’attribution de logements sociaux qui conduit à une ghettoïsation des populations. Ce G.I.E. renforcera par sa capacité de décision d’investissement son budget colossal, en définitive, votre mainmise sur les structures et sur les partenaires associés que sont les bailleurs sociaux de la Ville qui connaissent le terrain.
Il y a des points dont vous vous félicitez et qui ne reflètent pas la réalité vécue par certains commerçants, et notamment votre éternelle satisfaction sur les délégations des marchés alimentaires. On ne peut pas dire que votre gestion des attributions de cette délégation ait été exemplaire : peu de concurrence, peu de renouvellement et, au final, peu de modernisation et d’attractivité. La création d’un marché de soirées, l’opération « Zéro sac plastique » ne relèveraient pas de la gadgétisation si la propreté ou la rénovation patrimoniale des 80 marchés alimentaires de la Capitale étaient pleinement assumées par votre majorité.
Que font dans votre communication globale, censée donner une vision étayée de votre stratégie, cinq paragraphes sur la cuisine de rue ? Certes, ce sujet est important. Mais pourquoi n’y a-t-il pas alors un paragraphe sur l’ébénisterie ou sur les fleuristes, par exemple ? Où sont, par conséquent, les grands équilibres, les grands changements, la véritable vision pour le commerce de Paris sur 10 ou 15 ans ? Aucune référence au commerce de bouche qu’il faut soutenir plus fortement. Formation, transmission, implantation devraient vous mobiliser pour faire revenir poissonniers ou bouchers.
Vous soutenez et vous souhaitez soutenir et renforcer la vitalité commerciale de Paris, mais vous occultez bien malheureusement des points essentiels qui sont les déterminants de l’environnement d’un commerce et de sa capacité ou non à se développer. Je veux parler de l’environnement urbain et fiscal, déterminants importants pour la soutenabilité économique d’un commerce, sa capacité à travailler dans de bonnes conditions. Que ce soit sur le plan de la fiscalité, de la sécurité ou des aménagements de voirie et de la propreté, ces sujets sont totalement absents.
Sans doute, êtes-vous quelque peu gênée, Madame la Maire. Ces résultats sont-ils si mauvais qu’ils doivent être tus ? Vos résultats en la matière se passent en effet de toute publicité, tant ils sont éloquents.
En effet, en 2015, la taxe de séjour a connu une croissance de 40 %, augmentant pour les touristes qui sont en séjour à Paris de manière sensible. Vous avez encore procédé à une augmentation des droits de voirie, ce qui porte cette augmentation depuis 2014 à 5 %, pénalisant notamment les terrasses des 22.000 cafés et restaurateurs parisiens. Cette trajectoire fiscale, malheureusement – c’est quelque part l’un des maux les plus graves de votre politique -, se fait toujours sans aucune concertation avec les représentants des professionnels et des élus.
Pourtant, concernant les augmentations de taxes que vous menez, vous nous direz que c’est la faute de l’Etat qui baisse notamment la dotation générale de fonctionnement. Madame la Maire, quand un commerçant rend compte à son comptable pour faire le bilan de ses perspectives financières et que celui-ci ne sait pas sur quel pied danser fiscalement parce qu’il n’a pas connaissance ou parce qu’il a peur d’une augmentation de telle ou telle taxe parisienne, cela obère durablement sa capacité à se projeter dans l’avenir. Vous ne pouvez pas d’un côté affirmer vouloir soutenir et développer le commerce parisien sans agir de l’autre sur les déterminants notamment fiscaux de l’activité commerciale.
Votre politique est gage d’instabilité pour les commerces à Paris. J’en arrive à un deuxième déterminant, le contexte urbain. Qu’en est-il en effet de la propreté de la voirie, de la sécurité quotidienne des quartiers parisiens ? Là encore, votre communication n’en dit mot.
Nous savons bien que le contexte fiscal entre l’Etat et les collectivités locales est compliqué. Mais, de grâce, cessez, quand on parle de développement, de toujours nous parler d’une réponse administrative, d’ un réflexe dirigiste suranné – création de groupements, de commissions – sans jamais vous attaquer aux vrais problèmes comme celui de l’impôt, des taxes et de leur utilisation concrète pour que nos rues soient propres, ou encore comme celui des droits de voirie qui doivent être modérés afin que les commerçants puissent dans un environnement fiscal et urbain stable avoir des perspectives d’installation permettant de s’intégrer durablement à Paris.
Néanmoins, et ce n’est qu’un aspect du problème, administrer les commerces à Paris, notamment par le biais d’un G.I.E. pourrait être intéressant. Encore faut-il que celui-ci soit ouvert et à la main des élus d’arrondissement. Vous avez donné, dans la communication tout à l’heure, un signe, mais il faudra être beaucoup plus concret à l’avenir sur ce sujet.
Aussi, votre communication garde le silence sur la coordination des actions qui pourraient être menées avec des acteurs économiques comme la Chambre de commerce, mais aussi comme la Métropole du Grand Paris. Qui aujourd’hui peut imaginer que le commerce parisien vit encerclé par l’enceinte de Thiers ? Le commerçant se fournit à Rungis, vend à des clients qui peuvent habiter dans la proche banlieue parisienne et qui viennent travailler à Paris, grâce notamment au e-commerce. Vous n’envisagez pas, à ce titre, la circulation dans Paris pour le commerce, en lien avec les communes alentour, le Grand Paris ou la Région.
Qu’avez-vous fait en la matière ? Vous avez fermé des berges unilatéralement sans proposer d’alternative aux commerçants parisiens. Cette non-concertation, Madame la Maire, produit un mécontentement des commerçants parisiens. Vous ne voyez que votre territoire alors que Paris est bien plus large. Vous manquez donc d’ambition mais ce n’est pas nouveau, ce qui se vérifie dans beaucoup de domaines.
Ce qui est préoccupant ici, c’est que vous ne ciblez pas – j’en ai donc parlé -, toutes les composantes du développement commercial. Vous ciblez des aspects importants, comme la disponibilité des locaux commerciaux mais vous omettez de contextualiser votre politique de développement commercial à l’aide des déterminants cruciaux, comme la fiscalité et l’environnement urbain.
Je vous remercie. »

CELA PEUT AUSSI VOUS INTERESSER :